Skip to main content
Download the PDF Version

Le travail de la ferme touche chacun de nous, non seulement parce qu’il nous fournit notre nourriture quotidienne mais parce qu’il est à la base d’une infinité d’industries, de commerces et de métiers au Canada.

L’agriculture est la plus importante et la plus complète de nos industries. Elle emploie et fait vivre un quart de notre population. Le bien-être économique de toute la nation est affecté par les changements dans le revenu de la ferme et dans son pouvoir d’achat.

Les citadins ont des opinions assez curieuses sur la vie à la campagne. Ils voient un fermier demeurant dans sa propre maison, sans loyer à payer, produisant une grande partie de sa propre nourriture. Il est libre de travailler quand et comme il lui plaît. Il n’a jamais à craindre d’être sans emploi.

Tout cela est vrai, mais l’impression est bien différente si nous suivons un fermier, même prospère, tout au long des heures. Le succès dans la culture est le résultat d’un clair jugement, d’une habile administration et de beaucoup de dur travail.

L’homme dans la ferme est la force qui soude la terre et l’équipement en une unité productive. Il prépare la rotation de ses cultures, veille à la fertilité de son sol, équilibre son programme d’élevage avec la nourriture disponible, contrôle les dépenses, emploie la main-d’oeuvre et la machinerie avec efficacité, et trouve ses marchés.

C’est là une affaire complexe. Les changements survenus dans l’agriculture durant une seule génération sont étonnants. Le fermier d’aujourd’hui doit être capable d’employer et de maintenir une machinerie puissante, d’engager et de surveiller la main-d’oeuvre, d’obtenir et d’administrer d’importantes sommes d’argent, de contrôler les dépenses, de balancer sagement toutes les phases des affaires de sa ferme, et d’user de sa propre énergie physique comme l’ont fait ses pères.

Le Marché du Fermier

De même qu’elle est à la base de toute autre prospérité, l’agriculture dépend aussi de toute autre industrie pour son état de bien-être. Alors seulement que l’emploi est à un haut niveau, que la production est abondante et qu’il existe autour d’elle un important pouvoir d’achat, la culture peut être avantageusement poursuivie.

En raison des limitations du marché local, les fermiers Canadiens comptent sur le commerce d’exportation. Toute tentative de garder leurs revenus a un niveau élevé exige des exportations constantes de 20 à 40% de leur production. Les fermiers sont intéressés grandement, non seulement dans le fonctionnement normal de l’économie Canadienne, mais aussi dans celui d’un monde économique étendu, et par conséquent dans la paix mondiale.

Cela présente l’un des problèmes les plus complexes. Il est facile de dire « plus on achète d’autres pays, plus ils peuvent acheter de nous ». Mais ce que nous leur rendons dépend des aubaines que nous offrons. Nos prix doivent être au même niveau que ceux demandés dans le monde entier, et nous sommes ainsi obligés de garder les nôtres aussi bas que possible, si nous voulons réaliser un revenu net satisfaisant.

Il y a plusieurs pays, s’ils en avaient le pouvoir d’achat, où le blé Canadien et notre viande, et nos fruits, pourraient être consommés avec avantage. En faire de réels marchés est le but de diverses sections de l’Organisation des Nations Unies, ainsi que du programme en quatre points du Président Truman, puis des dons et des prêts accordés si généreusement par le Canada.

Les Fermes du Canada

L’agriculture n’était pas considérée comme la principale activité économique du Canada jusqu’il y a relativement peu de temps.

Les opportunités profitables et attirantes du Canada étaient de différentes autres natures, généralement commerciales. Mais lorsque le dernier recensement fut établi il indiqua que 39 pour cent des manufactures et des usines Canadiennes étaient engagées dans l’utilisation ou la transformation des produits de la ferme. En retour, les fermes du Canada représentent un marché potentiel immense pour les produits industriels. Les estimés, basés sur le recensement, montrent que pratiquement la moitié du marché canadien pour les produits des manufactures urbaines est assurée par les fermiers.

Où sont situées ces fermes, et à qui appartiennent-elles ? Le tableau suivant, compilé au moment du recensement, nous en raconte l’histoire :

Pourcentage par province des fermes et des biens fonciers exploités au Canada par leurs propriétaires ou par des locataires :

  Nombre de Fermes exploitées : Pourcen-tage des proprié-taires : Pourcen-tage des loca-taires : Pourcen-tage de partie possédée, de partie louée
Canada 732,715 75 13 11
I.P.É. 12,234 92 2 5
Nouvelle Écosse 32,963 92 3 4
Nouveau Brunswick 31,881 92 3 4
Québec 154,629 93 4 3
Ontario 178,169 79 12 9
Manitoba 58,022 66 19 14
Saskatchewan 138,703 53 24 22
Alberta 99,716 62 20 17
Colombie Britannique 26,372 80 11 8

La question financière à la ferme

Les bons cultivateurs ont peu de difficultés, aujourd’hui, avec leurs finances. Une trésorerie convenable, en ce qui a trait à l’existence des crédits à longs ou à cour :s termes, peut avoir un effet important dans le succès ou l’insuccès, mais les sources de crédit sont nombreuses. Les banques à charte canadiennes fournissent une partie importante du crédit à courts termes employé par les cultivateurs. Leur gérant de succursale locale connaît la situation personnelle et financière des fermiers locaux, et les avances sont facilement consenties.

En parlant de crédit, il est bon d’insister sur la valeur d’une réelle évaluation par le fermier de ses besoins, de ses capacités de remboursement, et de la source la plus économique de crédit pour répondre à sa situation. Un crédit trop facile doit être évite s’il entraîne des risques excessifs, et le fermier devrait consulter son banquier, ou quelqu’un d’autre également familier avec les conditions variées de l’agriculture tout autant qu’avec la situation locale, avant de prendre des décisions.

Mais les crédits doivent être utilisés judicieusement. Des crédits pour fins productives sont justifiés lorsqu’après un calcul minutieux et conservateur les revenus en perspective s’élèvent à plus que le coût de revient.

Il faut mentionner à ce sujet que le recensement de 1946 indique 81 pour cent en moins de dettes garanties par des liens dans les provinces des prairies que dix ans auparavant, et le nombre de fermes rapportant des dettes couvertes par des hypothèques et des promesses de vente est tombe de 120,318 à 66,846.

Cela, par conséquent, reflète une période de revenus plus faciles à la ferme. La prospérité et le bien-être des fermiers ne dépend pas du fait que l’agriculture reçoit une proportion quelconque du revenu national, mais bien d’un gain régulier et raisonnable de la classe ouvrière.

Il est impossible de mentionner un chiffre qui représentera le revenu net d’un fermier, car il varie avec chaque région et chaque ferme, et d’année en année. Les estimés, cependant, sont intéressants.

L’argent comptant provenant de la vente des produits de la ferme constitue la plus importante source et représente les revenus bruts de tous les produits vendus, évalues aux prix reçus par les cultivateurs. Ils ont atteint un chiffre sans précédent, en 1948, qui diminua quelque peu en 1949 à $2,457 millions. Et voici d’intéressants détails, tirés des Statistiques Sommaires de la Banque du Canada, sur la composition de ce revenu total.

Revenu en argent, provenant de la vente des Produits de la Ferme

(Millions de dollars)

Année Récoltes Bétail Produits Laitiers Volailles et Oeufs Tous autres produits Total
1930 274 158 165 35 632
1940 291 245 183 47 766
1949 1056 762 500 139 2457

Mécanisation

Le développement de la machinerie en vue d’épargner la main d’oeuvre a été une grande caractéristique de l’agriculture Canadienne. Quiconque jette un regard aujourd’hui sur la moyenne des fermes Canadiennes est émerveillé en pensant que ce n’est qu’en 1837 que John Deere a fabriqué sa première charrue en acier avec une vieille lame de scie.

Comme nous approchons de la moitié du 20ème siècle, une inspection des changements technologiques dans la vie de la ferme semble indiquer que ses habitants en ont bénéficié. Les effets n’ont pas tous été bons, mais le niveau de vie des fermiers s’est amélioré dans la plupart des endroits où les plus grands changements ont été effectués.

En 1901 la valeur totale de la machinerie dans les fermes canadiennes était de $108,665,502, une moyenne par ferme de $213 et par acre de $1.71. En vingt ans, le total avait augmenté jusqu à $665,180,416, la valeur par ferme s’était accrue à $935 et la valeur par acre était de $4.72. Dans les dix ans précédant 1948, les fermiers canadiens ont dépensé plus de $740 millions de dollars en machinerie et équipement ; dans la seule année 1948, ils ont dépensé $237. par ferme en moyenne.

La transformation dans l’agriculture du Canada, due à ces changements successifs dans le travail manuel remplacé par celui du cheval, puis par la machinerie, signifie beaucoup plus qu’une simple économie de main d’oeuvre. Elle a transformé la ferme canadienne et fait d’un endroit où des produits divers ne visaient qu’à l’usage familial, une entreprise à production spécialisée pour le marché.

Le problème du fermier semble être celui de rechercher une sage moyenne entre trop et pas suffisamment d’équipement, tout en conservant en mémoire les revenus en perspective. Le choix de chaque outil entraîne un calcul attentif.

L’usage efficace de la machinerie est de la plus grande importance pour réduire le prix de revient, et par conséquent augmenter le profit. C’est tout autant gaspiller d’employer de la machinerie inutile que de ne pas avoir la machinerie suffisante. C’est du gaspillage également lorsque la machinerie n’est pas convenablement protégée des intempéries.

Fermes Familiales

La culture au Canada est, pour la plupart, de la culture de famille. Tout le monde dans la ferme contribue au programme de travail général et toutes les activités économiques et sociales sont partagées en commun.

Cet idéal de produire pour répondre aux besoins d’une famille ordinaire, de bâtir une souche familiale et de la perpétuer par une succession prospère et productive, est l’un des plus grands facteurs susceptibles d’ajouter de la dignité dans la vie de famille. Nulle méthode artificielle n’est nécessaire pour grouper et unir les membres d’une famille fermière. Dans nulle autre sphère de la vie ne trouvons-nous les deux sexes aussi indispensables pour le bien-être de chacun qu’ils le sont à la campagne.

Les fermiers sont en tant que classe, plus indépendants que toute autre classe importante. La grande majorité d’entre eux sont leurs propres employeurs, à la tête d’entreprises indépendantes.

Grande ou petite Ferme ?

Quelle dimension de la ferme est requise pour permettre l’usage effectif de la main d’oeuvre familiale et pour procurer un minimum convenable de train de vie ? Il n’y a que des guides généraux.

Le nombre d’acres en culture n’est pas la preuve finale d’une production efficace. Plus de capital peut être investi et plus de main-d’oeuvre employée sur dix acres cultivés intensivement que sur mille actes extensivement cultivés, avec les mêmes bons revenus. L’évidence semble montrer que les fermes exploitées par une famille, qui sont assez grandes pour utiliser un équipement épargnant de la main-d’oeuvre et d’autres techniques améliorées, peuvent ordinairement rivaliser effectivement, en autant qu’il s’agit de procurer un bon train de vie, avec les terres de plus grandes dimensions.

Aucun article publié par cette Banque, qui a toujours eu à coeur l’usage sage des ressources naturelles du Canada, ne serait complet sans la mention de conservation. Tous les revenus provenant des opérations de la ferme sont obtenus par le moyen des récoltes et du bétail, et le sol est la source fondamentale de leur production. Le rapport de revenu dépend largement de la terre employée pour les fins pour lesquelles elle est le plus appropriée.

Une terre rude et rocailleuse peut user le coeur et épuiser le compte de banque de l’homme qui essaie de la cultiver pour récolter, mais peut produire de bons revenus lorsqu’elle est employée comme pâturage ou comme boisé. Une autre terre peut produire ces plants sans vigueur ou des plants manquant de qualités nutritives, parce que ses éléments minéraux ont été épuisés par des récoltes répétées, ou par des érosions. Cette terre peut être ramenée à une bonne productivité en suivant un plan de fertilisation à long terme, un sage assolement et une culture rationnelle. Les fermiers ont compris qu’une augmentation de revenus peut être obtenue par l’usage de fertilisants. Les ventes de matières fertilisantes et de mélanges en usage au Canada ont augmenté de 170,000 tonnes, en 1927, à 742,000 tonnes en 1949.

Pour un travail plus facile

De quelque façon qu’il soit accompli, le travail de la ferme est un travail dur. Le fermier se doit a lui-même de le rendre aussi facile et aussi efficace que possible.

L’aménagement général de la ferme peut être fait de manière à épargner du terrain et du travail, et en même temps à augmenter la marge très désirable entre le coût de revient et le revenu brut.

Avant de s’engager profondément dans l’achat de la machinerie destinée à diminuer la main-d’oeuvre, le fermier devrait calculer attentivement son prix et les économies qu’il espère en obtenir. Lorsque l’achat est fait, la dépréciation, les réparations et l’assurance deviennent des charges annuelles.

L’une des plus importantes causes de gaspillage d’énergie est le manque de bâtisses convenables et le mauvais aménagement de celles qui existent.

Des revues et des volumes agricoles procurent plusieurs suggestions pour le bon rendement de la ferme. Aucun homme ne peut prendre une formule toute faite et l’appliquer à sa propre ferme, mais les suggestions générales peuvent être adaptées et ajustées de façon à répondre à certaines circonstances particulières.

Toute personne intéressée dans la littérature traitant des travaux de la ferme devrait écrire à son ministère provincial d’agriculture ou aux autorités fédérales.

Les applications de la Science

La science est à portée de la main, également, pour aider le fermier. Tous les gens de la ferme, et son économie générale, bénéficieront des découvertes des savants et des développements technologiques qui en découlent.

L’occupation du fermier se rapporte à la manipulation de la nature, et la nature ne souffre pas de changement radical de ses manières habituelles ; elle ne peut pas être dupée ou trompée. Dans les temps anciens, les fermiers se laissaient guider par la superstition ; aujourd’hui, aux questions que pose la culture il est répondu par des hommes qui ont résolu ces problèmes après des recherches dans les Écoles d’agriculture et dans les stations d’expérimentation. Il existe 29 fermes et stations expérimentales, 64 sous-stations, et 9 succursales de laboratoires. Les collèges d’agriculture ont des agences par lesquelles des renseignements sur tout genre de ferme peuvent être obtenus. Il y a des spécialistes en agriculture, des agronomes de comté et de district spécialement entraînés dans l’agriculture spéciale de la localité dans laquelle ils servent.

L’administration d’une ferme nécessite la réunion de principes et de faits de plusieurs sources. Elle exige une connaissance des sciences économiques fondamentales, de diverses sciences naturelles, et de sciences appliquées telles que l’agronomie et l’élevage. Il faut que le fermier ajuste son travail de la ferme avec les conditions changeantes du sol et du climat ; il faut qu’il ait en mémoire les besoins du marché, ses dépenses et le développement de sa ferme pour répondre aux besoins de l’année suivante.

Il n’existe pas de plans préparés d’avance pour ce genre d’administration efficace. Une réflexion sérieuse basée sur une information solide, et un programme tenant compte des ressources de la ferme et des possibilités franchement envisagées, – voilà l’essentiel d’une bonne administration.

Comment l’appliquer est l’affaire personnelle de chaque fermier.

Une bonne comptabilité peut aider

L’une des meilleures aides à l’administration est une bonne comptabilité. Une tenue de livres incomplète dans les affaires urbaines est supposée être la raison de plus de faillites que toute autre déficience en affaires et on peut sûrement attribuer une proportion égale de faillites agricoles et de succès médiocres à la même cause.

Il n’y a pas de système simple applicable à toutes les fermes, parce que chaque cultivateur a ses propres idées de travail, d’aide et d’ambition. Le système de la plus importante utilité est celui qui renseigne le mieux chaque fermier sur sa propre affaire, sans lui demander trop de son temps. Une telle comptabilité lui montrera non seulement le résultat total de son année de culture, mais la part attribuable, dans les profits ou dans les pertes, à chaque entreprise.

Il y a des formules spéciales pour aider les fermiers dans la préparation d’un budget de ferme, disponibles gratuitement à la Division Économique du Ministère de l’agriculture, à Ottawa. Un « Livre de Comptabilité du Fermier », fournissant une méthode simple et pratique de tenir les comptes de la ferme, est publié pour distribution gratuite par la Banque Royale du Canada. Il peut être obtenu sur demande à une succursale locale, ou au Siège Social. Un autre de « Production du Lait » est offert par la Banque aux possesseurs de troupeaux laitiers. Des dépliants sur les lots de bois et leur conservation peuvent être obtenus également sans frais.

La Manière de vivre à la Ferme

La façon de vie de chacun peut être ce qu’il désire qu’elle soit ; le problème ensuite est d’y parvenir. Pour la plupart des gens il semble que le fermier a plus de chance d’atteindre le niveau de vie qui lui plaît que la plupart des citadins. Un grand nombre de choses après lesquelles l’homme des villes soupire sont des plus faciles pour le fermier, non pas passagères et superficielles, mais réelles dans la vie de chaque jour.

La Nature, avec laquelle la famille agricole est en si étroit contact, est simplement sincère. Il existe, de ce fait, beaucoup moins d’aspects artificiels dans la communauté rurale. Les relations amicales y naissent d’un goût personnel et nul sentiment ne peut être simulé. Le fermier a coutume de dire ce qu’il pense et pense ce qu’il dit.

Mais la ferme ne peut retenir la jeunesse si la vie de la communauté n’y est pas attrayante, la vie sociale nullement agréable, et si les revenus n’y sont pas comparables à peu près à ce qu’ils pourraient être dans les villes, pour jeunes filles et jeunes hommes. Il faut également qu’il s’y trouve des occasions de distractions intellectuelles et artistiques, qu’il y existe des facilités d’instruction, d’éducation et que la santé y soit protégée et surveillée.

Beaucoup a été fait depuis un quart de siècle, par l’introduction de la livraison du courrier rural, du téléphone, des automobiles et de la radio, pour empêcher l’isolement trop grand des habitants de la ferme. L’Église, comme toujours, a été le centre d’une honnête vie sociale, de l’entraide mutuelle, et l’école est devenue, dans des milliers de localités, le foyer des améliorations et des projets d’avenir.

Cultiver est une manière de vivre, tout comme un autre genre de commerce. Beaucoup de maisons de ferme, quoique n’ayant peut-être que bien peu d’attrait physique, sont les centres où les jeunes, et les plus âgés aussi jouissent de ce qu’il y a de plus précieux dans la vie de famille. Il existe un caractère de noblesse chez l’homme en contact étroit avec la nature.

Il y a des difficultés. Depuis les pionniers, la culture a toujours exigé une somme exceptionnelle d’efforts industrieux, d’économie et de vitalité. Les gens se trompent qui pensent que parce qu’ils ont lu déjà qu’une poule pondait 300 oeufs et qu’une vache produisait 10,000 pintes de lait par année, la culture est un ouvrage facile. La vie dans la ferme est, en réalité, un long point d’interrogation entre une récolte et la suivante. Il y a toujours de nouvelles inquiétudes. Le fermier doit faire ses projets pour l’année qui vient avant que la récolte de l’année courante soit moissonnée, et pour celle d’après, et pour une autre encore. Il doit accomplir aujourd’hui un travail fatigant sans l’espoir d’un résultat tangible d’ici des années à venir.

L’agriculture n’est pas statique, mais vive. Le fermier est un homme versatile et plein de ressources, capable de décider ce qu’il aura à faire plus tard, tout en subissant la pression de ses devoirs présents. Son travail est plus varié, il connaît plus d’initiative et de direction personnelles que celui d’un artisan ou d’un contremaître de la ville. Et tout, à la campagne, est accompagné d’une très ancienne et constante simplicité de but.

Il y a autant de dignité à labourer un champ qu’à écrire un poème ; le fermier, plus que tout autre sur terre, prend comme associés la terre, le vent, les nuages et les rayons de soleil.